Tijana Doroški : « Comme si l’on travaillait ensemble depuis des années »

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En arrivant à Mostar, je ne savais pas grand chose. J’avais une certaine idée de ce qui nous attendait pendant cet atelier mais les contours étaient encore flous et j’appréhendais un peu.

Dix Français qui étudient le journalisme, vingt étudiants des Balkans qui apprennent le français et réalisent ensemble dix reportages. Sur le papier, cela semblait parfait, non ? Dans la pratique aussi, même si de multiples questions se sont posées avant de réaliser ces reportages : Est-ce que nous allons réussir à trouver des interlocuteurs, comment y parvenir et comment réussir à bien travailler ensemble, est-ce que je ne suis pas trop jeune pour un tel défi ?

Je suis reconnaissante envers les filles avec qui j’ai travaillé : Laura, dont nous avons concrétisé l’idée de reportage et qui nous a fait confiance comme si l’on se connaissait et que l’on travaillait ensemble depuis des années ; et puis Sara, avec qui j’ai avancé au fur et à mesure, réalisant que nous formions une équipe parfaite.

Sur le plan professionnel, l’expérience est importante pour tous les participants. Mais ce qui compte peut-être encore davantage, ce sont les connaissances que nous avons faites pendant notre séjour ici, et pas seulement au sein du groupe. Chaque personne que nous avons interviewée a accepté de se confier et de nous inviter dans son univers. Nous avons partagé des moments extrêmement émouvants. Madame Ifeta, les époux Adnan et Dragica ainsi que les plus jeunes, Esma et Adil, sont tous les visages d’une région indéniablement marquée par des événements douloureux, mais qui aspirent à un avenir meilleur et l’accueillent à bras ouverts.

La seule incertitude qui restait concernait le message que notre reportage pourrait envoyer. Les relations amoureuses diffèrent d’un individu à l’autre et contrairement à la sphère professionnelle, il n’existe aucun modèle pour aborder le sujet. Il nous a fallu quatre longues interviews et d’innombrables heures passées au montage pour comprendre ces messages. Le montage a certainement été la partie la plus difficile car c’est un supplice de devoir sélectionner des extraits et retirer des morceaux qui constituent l’histoire d’une personne. Mais cela nous a permis de constater que nous ne nous étions pas trompées : les personnes rencontrées envoient un message universel, indéniablement positif sur le présent et l’avenir de Mostar et d’ailleurs.

L’un de mes moments préférés reste celui où nous avons vu Laura écouter pour la première fois l’intégralité des témoignages et commencer à cerner les profils et le message des personnes. Le sentiment alors ressenti est une immense fierté du voyage que nous avons fait ensemble, de la conception à la réalisation. Ces moments rassemblent à la fois le travail effectué, les histoires écoutées et les émotions ressenties dans un seul et même tableau, complexe et cohérent.