Sara Ričko : « L’amour est le point de départ »

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Il y a beaucoup de choses que j’aimerais dire mais je mentionnerai le plus important. Avec mon équipe, c’est-à-dire Laura, Tijana et moi, nous n’avons pas réussi à trouver des interlocuteurs en mesure de nous parler avant de venir à Mostar. C’est assez difficile, en n’étant pas sur place, de trouver des personnes qui acceptent de s’ouvrir sur des sentiments personnels que chacun vit à sa manière. Notre reportage voulait montrer comment l’amour se vit dans un pays avec des religions et des origines ethniques différentes et les problèmes que ces couples mixtes ont dû traverser et traversent encore aujourd’hui. Dans la plupart des cas, il s’agit de problèmes survenus pendant et après la guerre qui a frappé ce pays dans les années 90.

Il est difficile de parler d’un tel sujet à Mostar, car malheureusement les habitants ont vécu des traumatismes et en subissent les conséquences. Lorsque nous avons enfin réussi à trouver des personnes prêtes à parler ouvertement de leur expérience, il nous a semblé à la fois difficile et merveilleux de voir autant d’émotions exprimées avec le cœur.

Notre objectif est de transmettre un message positif pour dire qu’un jour, il sera possible de surmonter les horreurs qui se sont produites, à force de compassion, de compréhension et de pardon. J’espère que ce reportage permettra à celles et ceux qui le regarderont de comprendre ce message. L’amour est le point de départ de tout ce qui nous entoure. Que serions-nous vraiment sans amour et sans compréhension ? Blâmer constamment les autres sans se regarder soi-même d’abord n’apporte rien car ce dont nous avons tous besoin au final, c’est d’être aimés, respectés et d’aimer en retour, qu’importe la religion, la nationalité ou d’autres différences que nous voyons parfois comme des obstacles infranchissables.

La première personne que nous avons interviewée à Mostar s’appelle Esma. Elle nous a donné une vision positive de l’avenir en nous montrant l’environnement tolérant dans lequel elle vit avec son partenaire. Le même jour, nous avons eu un entretien avec Ifeta, dont le mari est originaire de Serbie. Leurs différences ne les ont pas empêchés de réaliser leur rêve et de se marier, quels que soient les obstacles. Ils sont restés ensemble pendant la guerre et l’expérience a été très douloureuse pour eux mais ils n’ont pas renoncé à s’aimer.

Le lendemain, nous sommes allées dans l’une des deux universités, où nous avons rencontré Adil. Il nous a expliqué avec bienveillance comment ses parents essayaient de lui apprendre à respecter les autres et faire en sorte que les divisions de la guerre ne soient pas transmises aux générations futures. Nous avons aussi passé du temps dans la boutique d’Adnan et Dragica, qui nous ont raconté leur histoire. Les œuvres qu’ils fabriquent au cœur de la vieille ville portent toutes des messages de réconciliation et de paix.

Mon séjour à Mostar a été une expérience merveilleuse qui a apaisé certaines craintes que j’avais avant mon arrivée. J’ai acquis de nouvelles compétences et surmonté des obstacles. J’apprécie quand on apprend ensemble, les uns des autres, même quand nos avis divergent. Quand malgré nos différences, nos avis convergent, nous nous sentons plus forts.