Catarina Jović Aleixo : « Nos rôles ont fini par se mélanger »

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Ce projet a répondu et dépassé mes attentes. Il a été bien pensé et organisé dès le début. On a travaillé par équipes de 3, avec à chaque fois un étudiant en journalisme de France, deux étudiants des Balkans qui apprennent le français et un accompagnateur. On a commencé les recherches un mois avant d’arriver à Mostar. Chaque groupe a choisi un sujet. J’étais avec Irfan et Adriana et notre sujet était la gestion des déchets à Mostar. On a discuté chaque semaine pour partager nos informations et déterminer le sens et la manière de traiter notre reportage. Après un certain temps, on a décidé de se concentrer sur la manière dont les déchets de la décharge d’Uborak affectent la qualité de l’eau de la rivière Neretva et sur la manière dont les citoyens, les militants et les institutions luttent contre la pollution causée dans la ville de Mostar.

Notre équipe a bien fonctionné. Adriana, dans son rôle de journaliste, a été très méthodique et a conservé la structure et l’organisation de l’équipe. Elle s’est préparée et a étudié le sujet en profondeur. Elle savait quelles étaient les questions les plus importantes à poser, qui nous devions contacter et comment. Irfan et moi, en tant que traducteurs, étions sa main gauche et sa main droite. Même si le sujet était extrêmement intéressant, on s’est rendu compte au fil du temps qu’il était assez exigeant et sensible. Cela ne nous a pas découragés et on s’est tous les trois plongés dedans. Avant notre arrivée à Mostar, nous avions déjà contacté des interlocuteurs potentiels et organisé des rendez-vous.

Dès notre arrivée à Mostar, on est immédiatement allé sur le terrain. Le premier jour, on a parlé avec le maire, qui nous a expliqué que la décharge d’Uborak avait été construite conformément à toutes les réglementations, qu’elle ne polluait pas l’environnement et qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Pourtant, lorsque nous l’avons interrogé sur les associations qui luttent pour la fermeture d’Uborak et qu’on a évoqué l’article du Centre pour le journalisme d’investigation, il a changé de ton et s’est montré inquiet. On a passé les 2ème et 3ème jours à la décharge. C’était une véritable aventure, on se sentait vraiment comme des détectives. On avait rendez-vous avec Omer Hujdur de l’association Jer nas se tiče (Parce que cela nous concerne), mais pendant que nous l’attendions, on est entrés dans la décharge pour tenter d’obtenir un entretien avec le directeur qui descendait de la voiture à ce moment précis. Quand on lui a expliqué notre sujet, il nous a immédiatement mis en garde contre les associations comme Jer nas se tiče, qui « sabotent le fonctionnement de la décharge ». Ignorant que l’on avait un entretien avec Omer, à qui l’accès de la décharge est interdit, le directeur a accepté de nous rencontrer le lendemain. De son côté, Omer nous a mis en garde contre les informations du directeur. On a alors compris qu’il existait une sérieuse rivalité entre les deux parties.

La rencontre avec Omer nous permis d’entrer en contact avec d’autres personnes, dont des riverains qui ne voulaient pas être mentionnés mais nous ont donné des informations utiles. Le lendemain, nous avons parlé avec le directeur de la décharge qui nous a à nouveau assuré qu’il n’y avait aucun problème à la décharge. Après cela, nous avons encore discuté avec Marin Bago, membre de l’association de défense des droits des consommateurs Futura, qui s’est montré moins partial et nous a donné une perspective encore différente.

Toutes ces informations collectées ont été transcrites et traduites pour qu’Adriana puisse rédiger l’article. Le plus difficile a été de présenter objectivement tout ce que nous avions appris et d’examiner l’ensemble du sujet de la manière la plus neutre possible. Nos rôles de traducteurs et de journalistes ont fini par se mélanger. Irfan et moi jouions le rôle de journalistes sur le terrain, mais nous devions traduire en même temps pour qu’Adriana puisse comprendre et poser des questions. Il était difficile de traduire en même temps que les interlocuteurs parlaient, car il fallait employer des termes que nous ne connaissions pas en français. Pour moi, l’expérience a été très positive, j’ai apprécié la dynamique de la traduction, mais j’ai aussi découvert un amour pour le journalisme dont j’ignorais la puissance.