Serge Hastom : « L’affaire Dragicević m’a hanté l’esprit »

J’ai découvert la Bosnie-Herzégovine par son côté sombre. L’affaire Dragicević m’a hanté l’esprit plusieurs jours avant de partir, puis la semaine entière qu’a duré le reportage et encore après. Tout devient confus lorsque la confiance dans la justice est sapée.

Le procès du “groupe de Tarnac” auquel j’ai assisté en France avait été un premier choc. J’y avais découvert les coulisses d’une justice aux mains d’intérêts politiques. J’avais été frappé par la violence du mensonge d’État et par ses conséquences sur la vie des individus.

Travailler sur la mort de David Dragicević en tant que journaliste a été un engagement au service de la clarté. Alors qu’on dit tout et n’importe quoi sur l’affaire, Ema et moi, nous avions le rôle de fermer les portes.

Au moment d’écrire ce reportage, la seule certitude que nous avons c’est que l’affaire David Dragicević est un scandale judiciaire où plusieurs personnes ont bénéficié d’impunité de la part de la police, protégées par le monde de la justice et des politiciens. Une famille endeuillée a souffert inutilement. Des parents qui avaient perdu leur fils ont été arrêtés, attaqués et même moqués avec une vulgarité et une violence répugnantes.

L’image de Milorad Dodik, goguenard devant le père de David, Davor Dragicević, restera comme la cruelle illustration de l’arrogance des puissants dans ce beau pays très compliqué.

Milorad Dodik, président serbe de Bosnie-Herzégovine, face à Davor Dragicević lors d’une manifestation de Justice pour David à l’automne 2018.